« … L’état de l’environnement montre une situation à gros risque… »
Comment se présente l’environnement aujourd’hui en Afrique ?
L’état de l’environnement montre une situation à gros risque si nous regardons un peu l’écosystème terrestre, notamment les sols qui sont de plus en plus dégradés, la désertification qui avance, avec les populations qui font de plus en plus face à des difficultés d’approvisionnement en eau. L’agriculture qui peine, les terres qui sont de plus en plus bradées au profit des multinationales, notamment d’Asie ou du Proche-Orient. La nourriture fait de plus en plus défaut dans notre pays alors que nous devons produire pour nourrir les populations. A côté de tout ceci, il faut considérer que la situation est dictée par des incertitudes sur les climats, le système planétaire déréglé avec des montagnes de plus en plus dénudées du point de vue forestier. Bref, l’Afrique fait aujourd’hui face à de nombreux problèmes et nous nous demandons où nous allons si nous considérons déjà les risques que nous courons.
En tant que chercheur que pensez-vous du tremblement de terre qui a secoué le Bénin il y a quelques mois ?
Nul n’est à l’abri des catastrophes liées au changement climatique. Il ne faut rien minimiser et dire que nous contribuons très peu au réchauffement climatique et donc que nous ne sommes pas concernés. C’est un phénomène global qui peut survenir n’importe où. Voyez la violence des tempêtes que l’on connaît aujourd’hui en Afrique et l’intensité de la chaleur qui s’observe actuellement. Alors, personne n’est épargné. Il serait faux et peut-être dangereux pour nos décideurs de ne pas considérer que nous sommes en danger. Il faut prendre en considération la situation qui prévaut aujourd’hui au plan planétaire et ne pas se voiler la face. D’ailleurs, je pense que les africains l’ont compris puisque, à la conférence de Copenhague, sous l’égide de la conférence des ministres de la sous région de l’environnement, nous avons parlé pour la première fois, d’une seule voix et j’espère vivement que cela va continuer et nous permettre de trouver des solutions aux problèmes dans un avenir très proche.
Quels sont les risques que nous courons ?
Il y a les risques de tremblement de terre qu’il y a eu à Cotonou il y a quelques mois. Nous voyons déjà les effets de ces catastrophes naturelles sur les écosystèmes et l’habitat humain. L’autre risque, c’est justement l’insécurité au niveau alimentaire. A partir du moment où les terres sont dégradées, que l’eau n’est plus au rendez-vous et les inondations qui emportent les cultures. Tout ceci perturbe la production alimentaire. Par ailleurs, nous pensons qu’en fonction des régions, la sécheresse, la désertification et l’implication des activités humaines sur les écosystèmes avec l’appui parfois de multinationales du nord, contribuent à rendre difficile la vie des africains. Notamment, je voudrais parler du Jatropha qui est proposé aujourd’hui à l’Afrique comme alternative pour produire de l’énergie. Bien sûr, lorsqu’il s’agit de zones fortement dégradées où l’on peut installer les jatropha pour produire de l’énergie à usage domestique, il me semble que c’est tout à fait compatible. L’autre risque que nous avons, c’est l’utilisation des Organismes génétiquement modifiés (Ogm). Aujourd’hui, il est difficile de prouver que nous sommes à l’abri de surprises graves. Quand on parcourt la littérature scientifique et certaines enquêtes qui sont réalisées, on se rend compte qu’il y a beaucoup de compromissions dangereuses dans l’utilisation des Ogm que nous consommons sans tenir compte des risques de cancer, de saturnisme, de troubles neurologiques liés à l’utilisation de certains intrants et aussi la paupérisation de nos populations puisqu’on ne peut utiliser les semences comme on le fait dans le temps. Aujourd’hui, on nous fournit des semences qui sont utilisées une seule fois.
Quelle approche de solutions préconisez-vous ?
L’approche de solution est à plusieurs niveaux. Il y a le niveau macro et le niveau micro. Au niveau macro, il faut que les décideurs politiques soient davantage sensibilisés sur un certain nombre de choses. Malheureusement, ils ont une durée de vie au pouvoir. Généralement, il faut recommencer constamment ces sensibilisations. Il faut se pencher sur la formation et l’éducation, de façon à ce que nos systèmes éducatifs permettent aux populations de disposer de compétences qui pourraient les aider à réfléchir et apporter des solutions adéquates à leurs problèmes. Deuxièmement, il faudra intensifier la recherche action impliquant les populations dans une approche participative et aussi utilisant la transdisciplinarité.
Au niveau individuel, qu’est-ce qu’il faut commencer par faire puisque nous sommes dans une approche participative ?
Dans cette approche, il faut déjà se connaître soi-même, transformer soi-même afin d’être convaincu de ce qu’est l’approche écosanté qui est l’utilisation de la transdisciplinarité, de l’approche participative, de l’approche genre, de l’équité du genre et social pour arriver à bout d’une problématique donnée. Cela passe généralement par une recherche qui aboutit à des résultats palpables qu’il faut rendre en langage audible aux populations.
10-03-2010, Reece H. ADANWENON


















