Sous la chaleur et la fraîcheur, près des maladies mentales…
Les catastrophes naturelles telles que les inondations, les tremblements de terre, les incendies de forêt et les cyclones sont devenues fréquentes ces dernières années. Elles seraient la conséquence des changements climatiques qui bouleversent l’équilibre de la nature, entraînant des répercussions sur la santé mentale.

- La détresse des populations est plus grande avec les innondations...
Incroyable mais vraie. Les nombreuses catastrophes naturelles qu’entraînent les changements climatiques observés ces derniers temps seraient à la base de 47,57% des états dépressifs, 31,41% des troubles psychotiques, 31,41% des états psychotiques qui sont soit une rechute ou un nouvel épisode chez des personnes prédisposées. Selon une récente étude menée au Centre Psychiatrique départemental du Borgou, les problèmes de santé mentale tels que les troubles de stress post-traumatique, la dépression et d’autres maladies mentales sont relativement courants suite à ces catastrophes naturelles. A en croire le professeur Pascal Gandaho, coordonnateur du projet, cette étude qui a couvert la période allant du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2009 a non seulement permis d’établir le lien entre les variations climatiques et la survenue des maladies psychiatriques mais aussi, d’étudier les paramètres tels que le sexe du sujet, les saisons et les différentes pathologies développées par les malades. « Outre l’étude des dossiers, nous avons procédé à une étude qualitative basée sur un entretien avec trois thérapeutes traditionnels et une enquête par approche trois chefs de village », a-t-il expliqué. Pour le docteur Francis Tognon, la santé mentale fait appel à un équilibre dynamique entre l’être vivant et son milieu, débouchant pour l’individu sur l’établissement de nouvelles normes. Cette issue n’étant pas celle observée chez tous les sujets, on assiste à l’apparition chez eux de certaines maladies psychiatriques. Ainsi, au terme de cette étude, il a été noté une forte demande de soins dans les mois de mars, mai, septembre, novembre et décembre. Signalons que le Bénin est touché par des catastrophes dont les bilans sont souvent très lourds en termes de pertes en vies humaines, de destruction des biens, de précarité et de dégradation de l’environnement. À ce titre on peut citer : les tornades, les inondations dont deux de grande ampleur en 1963 et en 1996, des incendies d’habitations et de forêts souvent meurtriers qui surviennent sur toute l’étendue du territoire national. De nombreux cas d’accidents de la route, des catastrophes aériennes et des mouvements de foule au Stade de l’Amitié occasionnent d’importantes pertes en vies humaines et des dégâts matériels.
Changements climatiques et maladies mentales

- ... et les tremblements de terre
Nul n’est sans savoir que les mois de mars et mai sont des moments de forte chaleur. Au cours de cette période, enseignants, étudiants et élèves éprouvent beaucoup de difficultés à cause des efforts intellectuels et de la concentration. Ces difficultés favorisent l’apparition du Brain Fag Syndrome dominé par une céphalée psychogène. La trop forte chaleur perturbe le sommeil des sujets insomniaques, particulièrement ceux mis sous psychotropes hypnotiques, rendant le sommeil non réparateur sur le plan psychologique. Du coup, il se note une évolution traînante des pathologies psychiatriques dont ils souffrent, émaillée de multiples rechutes. La sécheresse, cause d’absence d’eau chez les hommes et les animaux pose un véritable problème qui favorise les troubles anxieux et les états dépressifs. On observe aussi la mort du bétail source de revenus financiers. Faute d’une bonne pluviométrie, le spectre de la famine plane et désorganise l’équilibre psychique, réveillant les maladies mentales chez les sujets qui ont une personnalité fragile. Au cours de la saison de fortes pluies, source d’inondations qui détruisent les habitations, les champs, les récoltes et le bétail, les affections psychiatriques courantes liées aux catastrophes dues aux variations climatiques se développent avec acuité. Toutes les victimes de ces traumatismes ont une reviviscence de l’évènement, créant en elles un état de stress post- traumatique. Les états psychotiques qui sont soit une rechute ou un nouvel épisode chez des personnes prédisposées occupent une place non négligeable dans notre travail (31,41%). Ces états sont dus soit à un mauvais sommeil, non reposant ou à la fragilisation d’une personnalité prémorbide par les traumatismes engendrés par les catastrophes naturelles. « Les catastrophes naturelles dues aux variations climatiques sont responsables de la survenue de plusieurs maladies psychiatriques, notamment les états dépressifs, les états de stress post traumatique, les états psychotiques, handicapant un tant soit peu les victimes. Si l’humanité ne prend pas des mesures urgentes pour freiner ces catastrophes, la hausse des problèmes de santé mentale sera un autre coût social que notre société devra supporter. Le présent travail n’est que l’ébauche d’une étude qui sera approfondie », a souligné le Professeur Pascal Gandaho.
Tognon Tchegnonsi Francis médecin psychiatre au chd Borgou, se prononce
« … arrêter d’apprendre les leçons lorsqu’on ressent des chaleurs, lourdeurs ou fourmillements dans la tête… »
Quelles sont les phénomènes découlant du changement climatique ?
Nous avons constaté que les variations climatiques sont très fréquentes dans la partie septentrionale du pays. On note des sécheresses très intenses qui entraînent la mort du bétail, des cultures qui sont dévastées et des inondations qui détruisent les habitations.
Quelle est l’effet de ces phénomènes sur la santé mentale ?
Nous allons prendre d’abord la période de grande chaleur et ensuite celle de pluie. Lorsque nous prenons la période de grande chaleur, nous avons constaté que les élèves, les étudiants et les enseignants ont beaucoup de difficultés pour fournir des efforts intellectuels, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à se concentrer. Lorsqu’ils lisent, apprennent ou préparent leurs cours, ils ressentent souvent des maux de tête violents, de la chaleur, des fourmillements, une lourdeur dans la tête. Ils ont l’impression que s’ils lisent une ligne de plus, leur tête va s’éclater. Parfois, il y a des gens qui ont les yeux larmoyants. Pendant cette période, on remarque que certains de nos malades qui étaient mis sous traitement parce qu’ils ne dorment pas bien la nuit font des rechutes. En dehors de cela, nous avons la période des pluies avec son cortège d’inondation qui détruit les habitations, les récoltes et le bétail, rendant pauvres l’agriculteur et l’éleveur. Ces derniers qui se trouvent dans cet état développent un état dépressif et cela entraîne chez eux un déséquilibre psychique qui peut conduire à plusieurs maladies telles que la dépression, l’état psychotique et le trouble mental.
Comment pensez-vous aider les populations à éviter de tomber dans un état dépressif après avoir été victime des manifestations du changement climatique ?
Face à cette situation, la toute première chose à faire, c’est de se présenter dans un centre psychiatrique pour demander une consultation qui permettra au médecin d’aider à atténuer les malaises ressentis. L’autre mesure est préventive. Il va donc falloir que la communauté essaie de faire face aux variations climatiques, surtout pour éviter l’avancée du désert que nous constatons chez nous.
Docteur, nous traversons une période où au lieu qu’il fasse froid, il fait excessivement chaud. Quels conseils donnez-vous aux apprenants et leurs enseignants ?
Au cours de cette période chaude, je conseille aux étudiants et aux élèves d’arrêter d’apprendre les leçons lorsqu’ils ressentent des chaleurs, lourdeurs ou fourmillements dans la tête. Il faut éviter d’insister lorsqu’on ressent une fatigue intellectuelle et prendre une pause. Après un sommeil récupérateur, vous pouvez alors reprendre vos cahiers. Si vous insistez, vous pouvez avoir ce que nous appelons une bouffée délirante que le langage courant appelle le surmenage.
10-03-2010, Reece H. ADANWENON


















