La Lépi de la discorde
La Liste électorale permanente informatisée (Lépi) façonne à outrance les rapports entre le pouvoir du changement et l’opposition Union fait la Nation (UN). La Lépi, tenace règle la politique et bascule les intentions dans un décor peuplé d’incertitudes. Le président de la Commission politique de supervision (Cps-Lépi) est sur la sellette. L’apaisement s’écroule sous le destin de cette Lépi balancée sur les ailes de la discorde et des inconnues. On est maintenant sur le palier de la demande d’abrogation de la loi sur la Lépi. La séquence fugitive de l’exception d’irrecevabilité a juste illuminé les souterrains de la bataille qui secoue le monde politique.
Comme par enchantement, la présidentielle togolaise relance le débat sur la Lépi béninoise. Il est heureux que le signal vienne du voisin de l’ouest à un an d’une échéance qui attise les passions politiciennes. Le transfert des données par télécommunication a en effet montré ses limites au pays de la dynastie Eyadéma. En témoigne la contestation des résultats par l’opposition. Et ce vent de violence qui souffle sur le Togo est porteur de message pour la République du changement confrontée à la querelle autour de la Lépi dans la foire électorale. Les métaphysiciens qui professent l’éternel et intense amour de Dieu pour le seul Bénin doivent apprendre à s’inspirer de l’échec d’expériences faites ailleurs et s’abonner à la réalité. Notre loi sur la Lépi a d’évidentes faiblesses. La nature du transport des données qu’elle prévoit ne donne pas de garanties suffisantes à la fiabilité des résultats. Le dysfonctionnement observé depuis l’installation de la Cps Lépi malmène le processus et soulève nos appréhensions. Le changement à la tête de la Mirena et la destitution annoncée du président de la Cps-Lépi apportent les preuves du malaise dans l’univers Lépi. Les frontières floues entre la Cps et la Miréna vicient l’ambiance et nourrissent le dysfonctionnement. La Cps prétexte du droit de supervision pour s’arroger le droit de régner sans limite. La méthode de désignation des membres de la Miréna, des agents cartographes et bientôt des agents recenseurs par la Cps fait planer l’épée de la politisation. Le débat sur le déséquilibre au sein de la commission politique de supervision est un élément qui remet l’actuelle loi sur la Lépi au cœur du tourbillon des critiques. La situation fertilise la tension au rythme d’un dialogue de sourds installé dans les nids politiciens.
Nous sommes en face de la nécessité d’aménagement de la loi pour crédibiliser le processus de la réalisation de Lépi. Le noble combat pour des élections transparentes n’est pas une excuse à la précipitation ni la caution du cafouillage. Le devoir patriotique appelle à corriger profondément la loi et éviter qu’elle devienne le terreau de toutes les contestations. Il ne s’agira pas d’arrêter la marche vers la Lépi, mais de prendre le temps nécessaire pour corriger les imperfections génératrices de doute.
L’expérience de la Lépi a ses exigences. Le consensus revendiqué dans les grottes de l’opposition peut avoir des vertus et épurer le processus de ses insuffisances. L’assainissement de la loi sera un pas vers la justice électorale recherchée. Mouvance et opposition ayant proclamé leur foi à l’heureuse entreprise de la Lépi, il ne reste qu’à espérer que la raison, "chose du monde la mieux partagée" selon Descartes, l’emporte sur les agitations et turbulences politiciennes.
10-03-2010, Sulpice O. GBAGUIDI















