Quand l’intox s’invite dans le scandale !
" Il n’est pas opportun que la presse diffuse des informations calomnieuses… " Le ministre Koupaki se fait l’écho de l’exaspération du gouvernement face au volume de l’intox dans la prise d’échelle de l’affaire Icc services. Ses pairs Gérard Kuassi et Désiré Adadja ont donné de l’ampleur à l’irritation dans le fleuve tumultueux d’une conférence de presse en empruntant la pirogue de sauvetage sous le cri de détresse :" Nous avons actuellement un problème : l’intoxication."
Malheureusement, les faits têtus et impitoyables tardent à apporter de démenti aux appréhensions des ministres. L’intoxication n’est donc pas un alibi, mais une raison suffisante pour activer et entretenir l’attitude des proches de Yayi. Et c’est parce qu’elle est tout sauf un alibi qu’elle cesse d’être la préoccupation des seuls membres du gouvernement. Intoxication, voilà la misérable béquille qui sert de support aux fabricants de rumeurs. Les colonnes des journaux se trouvent inonder par les affabulations.
Le cirque enflammé de la très nauséeuse affaire Icc services voit une démonstration des acrobates de l’intoxication qui jouent à fond les numéros dégoûtants du mensonge et de la diversion. La marée du faux déferle dans l’opinion avec un volume qui altère le vrai et trace la courbe erronée et salissante du scandale. Le marché d’illusions s’anime et la vente de chimères est florissante. Les ballons d’essai lancés sans répit secouent la nation plongée dans le flot du désespoir.
C’est à la mesure du désarroi social qu’une certaine presse s’occupe à faire des livraisons surréalistes sur un mode grossier où la volonté de désinformer célèbre la mauvaise foi des plumes mercantiles. Elle s’empêtre dans ses contradictions et s’embrouille constamment sous l’effet de l’obsession malsaine à donner le change. Les chiffres astronomiques sont inventés selon le degré d’imagination pour semer et cimenter la confusion. On parle de cent (100) milliards, de plus de cent (100) milliards ou de milliards tout court dans le placement. La succession des jours et des nuits semble avoir d’effet sur le montant sorti de la boite à inventions de certains médias. Même les rêves sont mués en nouvelles, des propos prêtés à de personnalités. On partage avec les lecteurs, des arrestations imaginaires. L’exercice pousse alors à citer comme incarcérés, des proches du chef de l’Etat réellement libres de leurs mouvements. Et des drôles de prophéties viennent consacrer la dangereuse fantaisie. Le journaliste métamorphose ses désirs et ses fantasmes et les revêt de la couverture d’information vraie dans la sérieuse affaire d’escroquerie. Comment comprendre que le montant de la somme retrouvée chez Emile Tégbénou puisse varier dans les colonnes des gazettes ? Les chiffres se bousculent : Deux, quatre, cinq … neuf milliards. Où se trouve la vérité ?
Mais si le pouvoir peut légitimement agiter son courroux contre le poison de l’intoxication dans les médias, il doit éviter de brandir l’arme de la menace et de l’intimidation contre les journalistes. La phobie de voir impuissant, le mandat inhibé par l’intox ne doit pas développer les mauvais réflexes. Les portes de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) sont grandement ouvertes pour le gouvernement plaintif, sous le choc de l’intox.
La nation attend impatiemment la joie de quitter le galop de l’escroquerie saignante révélée dans le scandale Icc Services pour revenir au petit trot de l’émancipation des masses soumises au miroir de l’émergence. La presse a l’obligation de ne pas s’abonner à l’intox. Elle n’est pas responsable du scandale. Elle ne doit pas en porter le fardeau à cause de la propension à l’intox de certaines brebis galeuses issues de ces entrailles. Seule évidence : le scandale n’est pas le fruit de l’intox. On est tous d’accord.
14-07-2010, Sulpice O. GBAGUIDI















