La République en danger

- Rosine Soglo
Quelle mouche a bien pu piquer hier à l’hémicycle la présidente de la Renaissance du Bénin (Rb), Rosine Soglo pour qu’elle réveille en des termes graves les vieux démons du régionalisme ? Certainement celle de l’intolérance qui plonge la Nation dans l’inquiétude et qui fait perdre à la fin, les notions élémentaires de ce que le Bénin est loin d’être un pays à l’image du Rwanda où jadis, la division Nord-Sud était fort remarquable. Dans ses envolées lyriques hier au Palais des gouverneurs sur ce qu’il convient désormais d’appeler le clivage nord-Sud au Bénin tel que vu par Rosine Soglo à la faveur de sa défense pour le maintien d’Epiphane Quenum comme superviseur de la Cps-Lépi, elle a dit tout haut ce qu’elle pensait tout bas. Mais le lieu ne s’y prêtait pas et surtout dans sa diatribe, l’ex première dame du Bénin a manqué de pertinence pour que les Béninois comprennent véritablement les raisons de son coup de gueule. Car si aujourd’hui, il se susurre que le régionalisme connaît une courbe ascendante au Bénin, à qui la faute ? D’abord aux politiciens et malheureusement, Rosine Soglo en fait partie. Et, pendant le règne de Nicéphore Soglo, son époux, la situation n’était pas enviable. A l’époque déjà, les Béninois dénonçaient la gestion clanique qui était faite du pouvoir. Même si le passé ne peut en aucun cas excuser le présent, Rosine Soglo doit savoir raison garder.
Elle ne peut, en voulant guérir un mal, l’aggraver faute de tact et de thérapie appropriée. La déclaration faite hier à l’Assemblée nationale est simplement une bombe et si on n’y prend garde, elle risque d’accentuer le régionalisme dans un pays qui n’en a pas besoin et de l’embraser à la moindre étincelle. La démocratie et l’Etat de droit chèrement acquis à la conférence nationale des forces vives de la Nation n’ont nullement besoin de ces genres de propos. C’est d’ailleurs dommage qu’aux lendemains du 20ème anniversaire de la conférence nationale, qu’on en arrive là. Rosine Soglo doit faire son mea culpa. Les Béninois veulent bien penser que tout ce qu’elle a eu à dire était plutôt une fâcheuse erreur. Ils veulent penser d’abord et avant tout développement de leur pays et Rosine Soglo a mal choisi sa tribune et le moment de faire de distinguo entre Béninois originaires du Nord et Béninois originaires du Sud.
Une gaffe qui ne rend pas service
Au delà de ce mauvais exemple servi aux générations futures, Rosine Soglo en voulant peut-être dénoncer le déséquilibre dans le partage du pouvoir met en difficulté l’Union fait la Nation. Car à part l’aigreur, l’autre interprétation qui peut être faite de ses propos est qu’elle vient confirmer les reproches « d’Union régionaliste » qui étaient faits au bloc politique auquel elle appartient. Déjà taxé d’union de sudistes par leurs détracteurs, le regroupement Rb-Prd-Psd-Madep-Forces clé doit maintenant apporter la preuve de ce qu’il ne partage pas cette vision de sa partenaire politique Rosine Soglo. Car, il est temps que les politiciens béninois comprennent que ce n’est pas en agitant la notion nord Sud qu’ils accéderont au pouvoir. Le Rwanda, la Somalie, le Burundi, la Côte-d’Ivoire ne sont pas loin. La gaffe de Rosine Soglo ne doit pas faire école et plaise à Dieu, elle ne fera jamais école au Bénin. Il est regrettable qu’à 76 ans, cette femme continue de s’illustrer dans les scandales régionalistes.
Les déballages de la députée Rosine Vieyra Soglo « …J’entends dire qu’on va destituer Quenum et mettre à sa place, quelqu’un du Nord (…) Quenum peut déconner peut-être bien. Mais si vous mettez quelqu’un du Nord, si vous destituez Quenum et vous mettez quelqu’un du Nord, et bien, je crois que nous allons avoir la bagarre. C’est moi Rosine Vieryra Solgo qui le dis. Le Nord ne peut pas toujours commander le Sud. La minorité s’arroge tout le pouvoir et ne laisse rien à la majorité. On va retourner un jour dans l’affrontement. Alors, n’arrivons pas là et je sais de quoi je parle. J’ai des beaux frères et des petits neveux qui peuvent, pourquoi pas, faire le jeu du Nord. Je ne suis pas raciste. A mon âge, c’est malheureux. C’est quoi. Le Dahomey, le Bénin nous appartient à tous, Nord, Sud, Est, Ouest. Nous sommes tous enfants du même pays et que ça cesse. Le Nord, le Nord, le Nord. Et le Sud alors. Nous sommes de la majorité, on s’est tu en cinquante ans d’indépendance, vous nous avez commandés. On a connu Maga, on a eu Kérékou, Sopi… »
5-03-2010, Angelo DOSSOUMOU S.


















