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Lépi pour 2011

A l’épreuve des faits, les politiques se rendent compte de leurs erreurs


Outil technique à des fins politiques, la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) doit se réaliser en dehors des passions politiques. Mieux, la Commission politique de supervision (Cps) se doit de sortir de l’opacité pendant que la Mission indépendante du recensement électoral national approfondi (Mirena) se libère de la prééminence dommageable de la Cps pour être proactive. A défaut de servir pour les élections de 2011, le Ministère chargé des relations avec les institutions (Mcri) suscite le débat d’une alternative conformément au document élaboré par le Pnud et l’Union européenne. Néanmoins, le processus de réalisation de la Lépi n’est pas sans écueils. Pour peu que la loi elle-même, à l’origine compte des incommodités. Que faire donc après l’étape de la cartographie censitaire et devant l’épée de Damoclès des députés de l’opposition ? Techniciens, politiques et société civile en parlent.

" Sans s’être consultés, unanimement, nous les techniciens nous avons refusé de parler. Car les politiciens sont enragés et ne voient que 2011. Alors que la Lépi est avant tout technique ". Ainsi s’exprime un statisticien démographe qui estime que quelque soit ce qui sera dit par les statisticiens, rien ne va changer. Néanmoins, il se désole de ce que les politiciens ont pris en otage le pays en ce qui concerne la réalisation de la Lépi. " C’est un crime dont ils vont répondre, mais nous les laissons pour voir jusqu’où ils iront " ajoute cet averti de la cartographie. D’abord, il estime que la loi votée à l’Assemblée nationale par les députés est incommode. Ensuite, il souligne qu’au niveau de la Cps ou de la Mirena qui a formé les agents cartographes et numérateurs envoyés sur le terrain, il y a eu des insuffisances. Enfin, il insiste qu’on ne saurait réaliser la Lépi sans prendre en compte les structures comme l’Insae, l’Ign et le Cenatel. Car, ce sont les données de l’Insae qui sont prises en compte pour produire des rapports sur le Bénin que ce soit au niveau régional ou continental. Et le résultat d’une telle situation ne peut être autre que ce qui se fait aujourd’hui sur le terrain. Il en veut pour preuve Agla où toute une zone n’a pas été prise en compte par les agents cartographes. Car ces derniers n’ont pas un schéma d’évolution. N’eût été un rappel à l’ordre pour que ces agents soient redéployés pour corriger le tir, tout sera faussé Il conclut comme quoi les politiciens ont piégé le pays et commettent un crime contre les populations. La Lépi sera-t-elle prête avant les élections de 2011 ? Dubitatif, le technicien indique qu’il y a une grosse guéguerre sur les kits dont les appels d’offres sont déjà lancés au Danemark.

Adam Kolawolé Sikiru, Ex-Pdt/Mirena : « Je fais la politique sans la pratiquer »

Vingt quatre heures avant d’être démis, le président de la Mission indépendante pour le recensement électoral national approfondi (Mirena), Adam Kolawolé Sikiru s’est ouvert à votre journal. Des résultats de la cartographie censitaire aux difficultés de l’opération en passant par le respect de la loi, le professeur à l’Université d’Abomey-Calavi et cartographe de formation donne sa part de vérité. En 1976, cet homme fait ses premiers pas en ce qui concerne la cartographie au Bénin pour avoir formé les premiers cartographes. Après cela, il additionne les expériences au Cameroun, en Côte d’Ivoire ainsi qu’au Togo.

Quelles ont été vos difficultés dans la réalisation de la cartographie censitaire ?

Les difficultés sont de trois ordres. La première est liée aux instruments techniques. On n’avait pas tout le matériel qu’il fallait à temps. Il y en avait dans les administrations mais certains les avaient cachés. Il a fallu aller manu militari avant de les avoir. La deuxième difficulté concerne le paiement des agents cartographes. Le retard est dû au système de paiement des Nations-Unies. Parfois, il y a eu des noms mal écrits, les prénoms qui sont ajoutés ou en moins, et les gens sont très rigoureux là-dessus. Après, il n’y a pas eu le paiement pour tout le monde au même endroit. Quant à la troisième difficulté, elle est liée aux agents eux-mêmes. Beaucoup ont démissionné alors que le processus est en cours. Certains ont mal évalué la portée du travail. Parce qu’ils ont été proposés par des personnes où ils ont juste dit leur diplôme. Il a fallu une enquête complémentaire, ce qui nous a pris encore un peu de temps.

Est-ce que cela ne justifie pas le fait que certains disent qu’ils n’ont pas été pris en compte lors de la cartographie censitaire ?

Des oubliés, non. Il y a des gens qui n’étaient pas à la maison lorsque les agents cartographes se sont rendus chez eux. Et l’on revient parfois, et même si c’est le cas on va revenir. C’est vrai que sur le terrain, il y a eu des réalités. Selon les documents de base que nous avons eus, la population s’est accrue. Certains n’ont pas été positionnés depuis 2002. Si on part du recensement de 2002, il y avait quelques faiblesses. Ce sont ces difficultés qui ont fait que sur le terrain, cela a traîné un peu.

Quelle est alors la prochaine étape après la cartographie censitaire ?

Il y a au total quatre phases dans le processus de réalisation de la Lépi : la cartographie censitaire, le recensement porte à porte, l’enregistrement et le traitement des données. La cartographie censitaire est là. Cela permet de situer le cadre ou les personnes qui sont appelées à être des électeurs potentiels. Il faut alors mettre du sérieux là-dedans. Après cela, le recensement porte à porte sera moins long. Parce qu’on a prévu quinze jours pour cela. Ainsi, on va délimiter les zones pour que cela soit faisable en quinze jours. On va recruter les gens en conséquence pour que cela soit rapide. On a prévu que la cartographie se fera en un mois. On a sous estimé certaines zones selon le recensement de 2002 ; malgré le taux d’accroissement qu’on leur a donné, il y a eu sous estimation. Nous allons tenir compte de ça pour améliorer la partie porte à porte pour laquelle on a déjà préparé tous les documents. Ainsi, au plus tard le 15 mars on commence réellement. Et on aurait déjà réglé tous les problèmes liés à la cartographie censitaire, c’est-à-dire le paiement de tout le monde afin qu’il n’ait plus de défi avant le démarrage du recensement porte à porte. Si on finit le recensement porte à porte en quinze jours, en 30 jours, on aura fini le traitement pour avoir une idée précise de toutes les personnes qui sont les électeurs potentiels. Si cela est fini à fin avril, on est dans les normes avant l’enregistrement.

Vous pensez donc que la Lépi sera prête avant les élections de 2011 ?

On finira la Lépi en 2010, donc la Lépi sera prête pour les élections de 2011.

Avant de conclure cet entretien, n’aviez vous pas des pressions politiques ?

Non. Je n’ai pas de pressions politiques parce que je suis un doyen d’un certain nombre de gens. Je suis déjà passé par là. Donc, on se connaît dans ce domaine sans être politiciens. Je connais la politique. Je fais la politique sans la pratiquer, mais j’ai géré la politique. Je ne suis pas un homme politique mais je suis politique à ma façon.

Autrement dit, les politiciens, dans le cadre de la Lépi ont réduit les techniciens au silence ?

Non c’est pour respecter la loi. Chacun doit faire son travail, nous nous faisons notre travail technique et scientifique pour que cela respecte un certain nombre d’exactitude scientifique. Maintenant, les politiciens peuvent l’exploiter à leur façon.

Un appel à lancer pour la suite de l’opération

Mon appel est que les gens ne créent pas de difficultés inutiles à la suite du processus. Parce que certains de nos agents cartographes ont été chassés à coup de bâtons et de coupe-coupe dans certaines régions. Alors, je demanderai à toute la classe politique de sensibiliser les gens dans leurs différentes régions pour qu’ils soient plus coopératifs pour le bonheur de tout le monde et surtout pour eux aussi.

Considéré comme le point focal au ministère chargé des relations avec les institutions, Georges Otcheré estime que l’éternel problème du Béninois est que ceux qui ont la connaissance des dossiers ne sont pas toujours ceux qui sont appelés à les gérer. Il explique que le dossier Lépi a une histoire. Pour avoir rattrapé en 2001 un dossier qui a commencé en 1998, il s’est donné à la chose. " J’ai fait quelques voyages d’étude avec le ministre Zinzindohoué. Et le cas qui m’a le plus frappé est le cas mauritanien. Le concept du Ravec a été importé de la Mauritanie " explique Goerges Otchéré qui a participé à toutes les formations là-bas. Dans le cadre de la généralisation de la carte d’identité, la Mauritanie fait le Ravec. Mais avec le renouveau, l’Etat propose que le fichier du Ravec serve à extraire la Lépi. " Et ils ont fait le Ravel, le recensement administratif à vocation électorale. C’est l’équivalent du Rena " ajoute Georges Otchéré. Compte tenu de la sociologie politique du Bénin, il a été suggéré de ne pas faire un recensement linéaire dans notre pays. Mais de le faire étape par étape. La 1ère étape serait la cartographie censitaire, précédée d’une vaste campagne de sensibilisation. Et quand on dit vaste campagne de sensibilisation, il ne s’agit pas de faire des communiqués radio ou télé et de les diffuser. Ce n’est pas cela.

Des privilèges perdus par les politiciens

Les acteurs pour lesquels l’opération constitue un enjeu sont d’abord les politiques. Au regard de la loi, les politiques perdent des privilèges. " Ils lisent la loi, peut-être ils ne se sont pas rendus compte " confie Otchéré. Avant, l’élection est un fonds de ressources pour les partis politiques ; par le fait de pourvoir au poste d’agents recenseurs et ainsi de suite. Cela permet aux politiques de renforcer leurs liens avec leurs mandants. " Or actuellement, la loi supprime cela ". Il propose que même si on veut faire appel à candidatures compte tenu du passé du pays, que l’on fasse un appel à candidatures sur proposition des partis politiques. Ainsi, il leur est imposé des personnes ayant un profil à désigner. Sinon, cela va faire des bruits. Le résultat est là aujourd’hui avec tous les bruits possibles.

Une Loi inadéquate

Du coup, le vrai problème de l’avis du point focal, n’est pas la conduite du processus, mais les enjeux qui sont remis en cause. Si on avait fait la campagne par cible et trouvé les enjeux avec les politiques, le processus n’aurait pas eu ces problèmes. " La loi est dure mais c’est la loi. Ils sont obligés de respecter la loi ". " La loi elle-même est inadéquate " selon Georges Otchéré. Car elle n’a laissé qu’une place au spécialiste des questions cartographiques. Alors que la question de la cartographie et du recensement étant importante, on aurait pu avoir d’après lui trois représentants des questions de cartographie et démographiques et compléter par les autres. Il insiste sur le fait qu’au niveau de la conception de la loi, il y a problème. Mieux, seule l’Assemblée nationale a le privilège. En la matière, c’est une proposition de loi. Du coup, les techniciens ne pouvaient rien. Ainsi, quel que soit le degré technique de l’intéressé, il sera noyé dans le politique. Car les politiciens se tiraillent. La 2ème erreur d’après lui est que les gens ont laissé croire aux populations que la cartographie censitaire permet de recenser les bureaux de vote. Alors qu’au regard de la loi, il est dit " débouche sur les bureaux de vote ". Donc on ne recense pas les bureaux de vote, mais c’est par la suite au regard des infrastructures recensées qu’on peut identifier les bureaux. Quant aux conséquences de ces erreurs, Otchéré estime qu’au Bénin nous ne travaillons pas assez. " Nous sommes là à discourir inutilement et c’est dans la précipitation qu’on fait certaines choses, ce qui fait qu’il y a toujours des ratés " précise-t-il. L’idéal serait si on veut une démarche pédagogique, de faire la formation, d’avoir une phase expérimentale d’identification des obstacles de terrain avant d’avoir une liste définitive et d’envoyer des gens sur le terrain. Mais à commencer par le terrain, il ajoute que les gens ont agi par tâtonnement et il y aura des ratés au début qui seront corrigés après. Mais de là à dire que le travail qui est fait n’est pas conforme, est loin de la réalité est une affirmation qu’il n’entend pas prendre en compte. Sinon ce serait insulter l’intelligence humaine. Aux côtés des Béninois, il y a le Parel qui est le groupe des experts d’autres nationalités qui ont une expérience de 20 ans dans ces choses là. Il indique que s’ils ont validé quelque chose, on ne peut pas dire que c’est inacceptable.

L’alternative et non le plan B

" La précipitation peut être fatale ". Alors Georges Otchéré propose de mener l’opération en deux phases. La première vague concerne la cartographie et le recensement porte à porte.


" C’est nous comporter en enfant égoïste de la démocratie de la communauté internationale que de solliciter les Nations Unies pour si peu...." dixit Georges Attai Guèdégbé, membre de Fors Lépi

Ce que le document de projet réalisé par l’Union européenne et le Pnud a prévu. A ce niveau déjà, il estime qu’on a un fichier de la population âgée de huit ans et plus. Si on n’a pas pu aller loin, avec cette liste là, ceux qui ont dix huit ans et plus seront affichés. C’est ce qu’il appelle alternative. Cette liste sera soumise au contrôle citoyen et peut permettre d’aller aux élections présidentielles. Au retour des présidentielles, on passe à l’enregistrement biométrique pour avoir la liste informatisée, cette liste ne serait pas informatisée mais elle sera une liste électorale permanente. Donc ce n’est pas un plan B, c’est juste séquencé compte tenu des délais. Et c’est là que le Bénin est pour lui un paradoxe. " Lorsque vous faites ce qu’il faut faire, on vous taxe de tous les noms. Autant mieux croiser les bras ". Cela s’impose au cas où il y aura un retard criard compte tenu du jeu politique qui pourrait induire une précipitation dommageable pour le processus. La question est toujours en suspens et le débat s’impose.

Le consensus axé sur les intérêts personnels n’est bon à rien

Parlant du consensus, lorsqu’on vote une loi, elle dicte un certain nombre de prérogatives. C’est par rapport à cela qu’il faut un consensus. Le consensus devrait s’inscrire en amont. Sur les questions portant sur le choix des membres de la Mirena et des différents organes, on aurait pu d’après lui tirer leçon du passé. Et ça, c’est les politiques. C’est à l’épreuve des faits qu’ils se rendent compte des erreurs. Encore une fois, il précise qu’il faut aller à une table de négociation. L’idée qui consiste à dire qu’on arrête la loi ne lui paraît pas raisonnable. " Une Assemblée qui a voté une loi il n’y a même pas un an et qui demande de revenir sur la loi. Nous sommes dans un concert des nations. Qu’est ce que les gens nous diront ? " s’interroge Georges Otchéré. Il poursuit qu’on pouvait dire après une première étape, on s’arrête. Et, avant la 2ème étape, les députés peuvent demander une 2ème lecture de la loi de façon consensuelle. Le consensus axé sur les intérêts personnels n’est pas bon pour un pays. Mais le consensus qui s’inscrit dans la collégialité, il ne faut pas le rejeter. L’autre source de polémique constitue également les milliards de la Lépi. Mais pour lui, Epiphane Quenum ne gère pas les milliards de la Lépi, c’est le Pnud.

La mouvance et l’opposition tirent chacun le drap de son côté. Quelle est votre lecture de la situation ?

Vous faites bien de nuancer. La réalité est que tous les camps sont traversés par les pro et les anti-Lépi. Nous, nous sommes pour la Lépi sans ambages. En réalité, le chef de l’Etat et les forces qui le soutiennent pensent qu’il n’est pas adéquat d’arrêter le processus en vue de son évaluation. Les autres, voyant le verre à moitié plein ou à moitié vide estiment qu’il est indispensable d’arrêter avant de procéder à cette évaluation. Vous auriez noté qu’il y a déjà un accord pour évaluer ce qui a été fait jusque là. C’est cela qui est positif et rationnel. Car toute œuvre humaine est loin d’être parfaite et a besoin d’être évaluée pour améliorer les performances de ce qui se fait. En ce sens, nous ne devons que faire un plaidoyer à l’endroit des uns et des autres pour concilier les positions. L’essentiel est qu’on s’entende. Et cet essentiel est qu’il y a des difficultés objectives liées au processus, des difficultés pour la plupart techniques. Mais certaines sont aussi politiques et il ne faut pas le nier. Fondamentalement, à ce que je sache, personne n’a eu à déclarer une opposition frontale et franche à la Lépi. Le reste, c’est des détails sur la mise en œuvre. Des détails qui ont quand même leur importance. Il s’agit certes, d’un outil technique mais destiné à une matière politique, les élections. Il va de soi que la confiance ne peut pas être de mise. Donc, c’est important que ceux qui sont en situation de rassurer le fassent. Nous estimons que la Cps et la Mirena qui ont en charge la mise en œuvre de la Lépi ont encore des efforts à faire pour mieux communiquer quant aux inquiétudes. Ce n’est pas leur demander la lune que de trouver les voies et moyens pour apaiser toutes nos inquiétudes. Nous sommes en pleine célébration des 20 ans de la conférence nationale qui a fondé le consensus en politique, et qui a même élevé le dialogue politique entre les gens que tout opposait à un niveau rarement égalé en Afrique, en tout cas ces dernières années.

Si la Lépi n’est pas prête pour 2011, que peut faire le Bénin ?

Il serait regrettable de ne pouvoir pas réussir à apprêter la Lépi. Parce que nous aurions beaucoup gagné en termes de fiabilité et de transparence des élections. Ça n’en annule pas toutes les fraudes, loin s’en faut. Mais il ne faudrait jamais oublier que les échéances électorales sont constitutionnelles et qu’a priori, en tout état de cause on ne saurait les différer au motif que la Lépi telle que voulue n’est pas prête. Il s’agira donc de s’asseoir et de trouver le meilleur moyen d’aller à ces échéances qui nous attendent et avec le moins de risques possibles. Le risque existe. Rien ne sera de trop, encore moins le dialogue et la concertation bien pensée. Je suis convaincu que nous pouvons encore faire quelque chose. Il ne s’agit pas de précipitation, ou d’une lépi à tout prix, ce serait un danger aussi d’avoir une liste électorale bâclée, non élaborée selon les méthodes universellement reconnues. Il s’agit d’aller lentement mais sûrement à cette œuvre dans cette réforme majeure du système électoral qui a ses résistances, ses tentatives de contournement, cela va de soi.

Une mission de l’Onu est arrivée au Bénin à cette fin

C’est une bonne chose. Les Nations Unies sont une machine très outillée, expérimentée dans ce domaine et peuvent nous apporter l’apaisement, ce regard plein de sérénité, de désintéressement, sauf à parler de la paix. Nous escomptons beaucoup d’une telle mission. C’est maintenant qu’il faut commencer par préparer les élections, il ne s’agit pas d’attendre la veille des élections comme on le fait d’habitude. La mission de l’Onu comprend deux volets. L’évaluation du processus de la Lépi à proprement parler mais surtout l’évaluation des besoins en assistance électorale, s’agissant des échéances qui viennent. J’ai bon espoir qu’elle nous apportera l’assistance technique dans les domaines où nous semblons faiblement outillés. Il n’est pas séant d’être éternellement un assisté dans ce domaine là. D’autres gens ont plus besoin des Nations Unies que nous. C’est nous comporter en enfant égoïste de la démocratie de la communauté internationale que de solliciter les Nations Unies pour si peu. Mais rien ne sera de trop si c’est pour rechercher les voies de la performance. Somme toute cette mission devrait amener les uns et les autres à toucher du doigt un certain nombre de questions cruciales et à faire face à leurs responsabilités, c’est en tout cas l’espoir de la société civile qui a voulu une évaluation externe, technique et indépendante. Autant que faire ce peu afin de nous sortir du bourbier qui se présente devant nous.

Et que dites-vous alors du recensement qui sera lancé d’ici le 15 mars ?

Comprendre et s’entendre au mieux sur ce qui sera fait pour le recensement, s’agissant du recrutement du personnel. 1680 agents cartographes avaient été déployés dans les conditions décriées par l’opposition notamment et même les positions que le commun des mortels a pu relever sur le terrain. Au moment de passer à 13.000 agents recenseurs, vous convenez que nul n’accepterait que les mêmes égarements qui ont précédé le 1er recrutement se perpétuent et s’amplifient à cette échelle là. Voilà un niveau où des efforts sont possibles de part et d’autre ; où on peut revenir à des pratiques universellement admises, où le recrutement devrait se faire le plus impartial possible. Car le recensement doit se dérouler en un laps de temps. Il faut aussi convenir que les uns et les autres observent que la Lépi pourrait avoir des difficultés de parcours. Cependant, l’horizon de 2011 mérite d’être retenu pour son côté mobilisateur et son effet d’entraînement des uns et des autres. Conclusion, il n’est pas acceptable que les choses continuent comme si de rien n’était. Sincèrement, vouloir emprunter cette voie serait périlleux, et en tout cas cela n’aurait pas le soutien de la société civile, à tout le moins de Fors Lépi.

A ce titre, vous rejetez l’alternative du Mcri ?

Les conditions dans lesquelles nous avons reçu l’invitation du Mcri nous ont intrigués à plus d’un titre. Et nous avons eu la courtoisie d’informer le ministre qui nous invitait de notre regret de ne pouvoir s’associer à sa démarche d’autant que nous avons cru noter dans un des résultats attendus qu’on en était déjà à élaborer une alternative à la Lépi tel que ça se réalise actuellement. Je vous le disais tantôt, notre credo c’est bel et bien la Lépi. Il nous a paru le moins douteux, que ce soit le Mcri qui prenne l’initiative de réunir les acteurs de la société civile avec la Cps, la Mirena et beaucoup ne l’ont pas souligné le Pnud également pour parler d’alternative. Donc, nous n’entendions pas servir de caution à des entreprises obscures dont le dessein nous échappe. C’est encore plus notre devoir par rapport à la bonne gouvernance dans notre pays de ne pas accepter dans n’importe quelle condition l’argent du contribuable. Dans ce domaine, on nous aurait fait don ou mis à notre disposition une certaine somme de 5 millions qu’on s’est empressé de crier sur tous les toits. Un absent ne saurait être par magie récipiendaire d’une certaine somme. Donc, nous avons estimé que n’ayant pas déposé un projet pour solliciter des fonds de l’Etat, n’ayant pas été présents, nous ne voyons pas dans quelles conditions on pourrait être récipiendaire de quel que fonds que ce soit, avec des objectifs inavoués. Fondamentalement, nous avons récusé ces manières de faire, ces insinuations. Le débat doit pouvoir se mener autrement.

Un mot sur la destitution du président de la Mirena

Nous avons relevé qu’il y a des problèmes de management tant au niveau de la Cps qu’au niveau de la Mirena. S’agissant particulièrement de la Mirena, nous avons souhaité qu’elle fût proactive dans le processus, qu’elle soit pleinement restaurée dans ses attributions telles que stipulées. Il nous a semblé qu’il y avait une prééminence dommageable de la Cps dans la conduite du processus. Mais je crois savoir que l’ex-président s’est dit soulagé d’avoir été relevé de ses fonctions. Il est à même de dire les conditions intolérables dans lesquelles il a eu à conduire sa mission. Il faut probablement lui rendre hommage de ce qu’il a su se taire pour quand même se consacrer à une mission nationale de cette envergure et dans ces conditions. Nous attendons davantage de la Cps.

Peut-on conclure que la société civile n’est pas totalement satisfaite du processus de réalisation de la Lépi ?

Je peux le dire, nous sommes très satisfaits de la manière dont les choses se sont déroulées jusque là. Pour autant nous ne voulons pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous, au niveau de Fors Lépi, nous savons les frustrations que nous avons du endurer jusque-là. Je ne voudrais pas les ramener en surface parce que nous estimons que l’enjeu va au-delà de nos perceptions et de nos intérêts immédiats. Nous rappelons que nous sommes disponibles à accompagner le processus de notre engagement et de notre regard critique. Nous ne saurions être une caisse de résonance avec certains. Nous ne saurions être là pour approuver les yeux fermés tout ce qui se fait. Donc il va falloir que la Cps fasse un sérieux effort d’ouverture à l’information des citoyens en général. Chacun aura noté que les gens sont très peu informés autant du chronogramme que du déroulement des opérations dans leur substance. Cette manière de faire confine manifestement à un manque de transparence alors qu’il s’agit d’aller au-delà de l’opacité, alors qu’il s’agit d’aller vers la transparence. Si cela n’est pas fait à dessein par la Cps, il est temps qu’elle se corrige, que les principes de bonne gouvernance reviennent à l’ordre du jour au niveau de la Cps. Nous sommes étonnés de la posture de certains.

Votre mot de fin

Je réitère l’appel à la classe politique du Bénin, toutes tendances confondues Pour nous, il n’y a pas de mauvais d’un côté et les bons d’un autre. Que l’intérêt général prévale, s’agissant de la Lépi. Quant à la manière dont nous allons préparer les prochaines élections, après 20 ans de démocratie, une douzaine de consultations électorales, il serait de bon ton que nous fassions un bond qualitatif et nous ne pourrions qu’en être fiers après l’avoir fait. Des écueils existent dans la manière de conduire le processus de façon indubitable, des erreurs sont à l’ordre du jour. Mais cette vertu du dialogue politique doit revenir au premier plan pour enfin doter notre pays d’un outil. Le sens de responsabilité de chacun doit être encore de mise. C’est un défi qu’il vaut la peine de relever.



4-03-2010, Angelo DOSSOUMOU S., Charles YANSUNNU





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