Procès de la presse à la rentrée judiciaire
La rentrée judiciaire solennelle 2009-2010 a livré un de ses réquisitoires des magistrats contre la presse accusée de gaffer dans le traitement de l’information judiciaire. Le problème soulevé est logiquement habillé de l’étoffe de la pertinence, tant les médias s’enfoncent dans la boue de la maladresse et y malaxent trop de dérives préjudiciables au respect des droits de l’homme. Le procès de la presse imprudente fait à l’occasion de cette rentrée placée sous le thème "La justice et le droit à l’information" trouve l’éclat de sa légitimité sur les élans incontrôlés des journalistes.
Le souci d’une justice respectueuse des droits de la personne humaine explique la saine colère des magistrats. Bien de pratiques de la presse agitée piétinent le principe sacro-saint de la présomption d’innocence consacrée par la Constitution en son article 17 et la déclaration universelle des droits de l’homme. Les images de délinquants présumés diffusées par les chaînes de télévision avec la bénédiction de la police judiciaire illustrent éloquemment les inquiétudes de nos magistrats. Dans le moule de l’actualité judiciaire, les médias font du respect du droit de l’individu à un procès juste, le cadet de leur souci. Le chaos primitif est à nos portes. Mais le vent d’injustice souffle aussi par les fenêtres de magistrats. Le choc peut donc venir d’ailleurs.
Les griefs justifiés contre les journalistes ne doivent pas masquer un phénomène anti droits de l’homme qui prend des galons : les détentions préventives tous azimuts. Egrenons à volonté le chapelet d’infortunés embarqués dans la galère des geôles puis relâchés sans jugement après de longues années. Juste une petite revue de la troupe immolée sur l’autel de la mécanique préventive.
Simon Pierre Adovélandé dernière recrue de la galerie de ces drôles de prisonniers dans l’affaire Shelter Afrique contre GBB rumine sa déception. Son séjour carcéral livrera ses secrets. L’ancien coordonnateur de Mca Bénin pourrait subir le même sort que d’autres personnalités détenues longtemps puis libérées sans la vraie manifestation de la justice. Séfou Fagbohoun coffré dans l’affaire Sonacop et sorti de prison après plusieurs mois sans jugement. Agnan écroué dans l’affaire Titan durant plus de deux ans recouvre la liberté sans jugement. L’ancien ministre Alain Adihou totalise lui aussi plus de deux ans derrière les barreaux et en sort sans jugement. De hauts gradés de la police nationale sont jetés en prison puis relâchés des mois plus tard, toujours sans jugement final. Francis Awagbè Bêhanzin, Raymond Fadonougbo….dans l’affaire de la gestion à la police nationale ou Antoine Azonhounmè, Apollinaire Akoueté et Roger Talon privés de liberté dans le dossier sulfureux et ténébreux de drogue puis libéré sans jugement. On est loin de cette justice respectueuse des droits de la personne humaine avec ces détentions préventives fleuves dont sont victimes de possibles innocents. Quel regard la société porte-t-elle sur ces personnalités qui ont passé une partie de leur vie en prison et qui ont été libérées sans qu’on ait une idée claire sur leur culpabilité ou non ?
La question de ces éternelles et ruineuses détentions préventives est aussi inquiétante que celle brûlante du traitement de l’information judiciaire à l’ordre du jour de la rentrée judiciaire 2009-2010. On en attend une attention toute aussi appliquée de nos magistrats. La justice pleine et entière voulue, ne sera qu’une pure vue de l’esprit si l’effectif de la population carcérale continue d’être gonflé par de gens injustement détenus. Une réflexion approfondie sur cette situation d’injustice produite par la justice elle-même devrait être enfouie dans les priorités de nos magistrats. Des innocents cesseront alors de subir le calvaire des prisons. Ainsi, à l’audience solennelle de rentrée judiciaire, on condamnerait de bonne foi le traitement de l’information judiciaire sans avoir soi-même des choses à se reprocher.
4-03-2010, Sulpice O. GBAGUIDI















