L’agrément que l’Etat a donné à Grimaldi est bénéfique pour la Sobémap et le trésor public

- Le ministre Issa Badarou
Concrètement, que va donner la libéralisation du secteur de la manutention ? Puisque c’est de cela qu’il s’agit.
Je voudrais d’abord vous dire que la Sobemap depuis un moment est une société qui a le monopole de la manutention d’une manière générale. Que ce soit des conteneurs, ou du vrac ou du conventionnel. A un moment donné, il y a eu libéralisation de la manutention du conteneur et c’est ce qui fait alors que vous avez sur le terrain aujourd’hui, Coman Sa, le groupe Maesrk, Smtc, le groupe Boloré qui exercent aux côté de la Sobemap en ce qui concerne les conteneurs. On a donné l’agrément à ces structures pour qu’elles puissent opérer ici au niveau du port de Cotonou. Aujourd’hui la Sobemap continue d’exercer le monopole en ce qui concerne les véhicules d’occasion, le conventionnel et le vrac d’une manière générale. Je ne voudrais pas qu’on fasse de la manutention des véhicules d’occasion, une activité essentielle et c’est là où le problème se pose. On a dit la Société béninoise des manutentions portuaires et non la société des manutentions de véhicules d’occasion. Quand les gens disent que c’est l’activité essentielle qu’ils ont à leur niveau, je dis cela pose problème. Cela veut dire qu’on ne veut pas chercher à faire autre chose. Et ils savent combien je me suis battu car ils ont vu comment j’ai pu obtenir la signature d’une convention qui leur permet pendant plus de 10 ans d’avoir l’exclusivité du traitement du coton. De la même manière, je me bats encore pour qu’ils puissent avoir beaucoup d’armements qui passent par eux. Il y a des armements coréens et asiatiques qui étaient arrivés tout dernièrement et je l’ai est mis en contact avec le directeur général pour qu’ils puissent désormais passer par la Sobemap qui traite ces opérations. Il y a trois ou quatre jours, j’ai pris contact avec un envoyer de la Grèce pour que nous puissions traiter leurs navires. Et je n’ai pas manqué de dire que je voudrais que ce soit la Sobemap qui s’en occupe. C’est dire qu’il y a un plan derrière tout cela parce qu’aujourd’hui le Bénin n’a pas de navire et la Sobemap devrait signer des accords avec de grands groupes, de grands armements qui puissent passer par elle pour faire la manutention. Ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. Or les autres, si vous prenez Smtc du groupe Boloré, et Coman du groupe Maersk, il y a des armements qui peuvent aller rapidement au niveau de l’ouverture.
Mais qu’est-ce qui empêche la Sobemap d’afficher cette ambition ?
Vous savez, il y a un problème. Quand on est habitué à quelque chose, je parle du monopole, c’est dire que vous êtes là, que vous ne vous gênez pas mais vous avez le trafic. Encore qu’il faille que le trafic arrive et s’il n’arrive pas, il faut faire quelque chose. C’est pour cela que je dits le changement d’option et de comportements, c’est cela qu’il faut.
Mais si je comprends bien, ce qui vous gène c’est le fait que la Sobemap se contente du peu ?
C’est justement çà que je ne voudrais pas. Parce que si aujourd’hui c’est bon pour eux, demain cela va être mortel. Revenant un peu sur les véhicules d’occasion, je vous dirai ce qui nous a amené à ouvrir ce secteur de manutention de véhicules d’occasion. Vous savez, jusque là, c’est la Sobemap qui traite les véhicules d’occasion, c’est-à-dire que les armements amènent leurs navires avec les véhicules d’occasion et c’est la Sobemap qui va sortir ces véhicules des navires pour les mettre au niveau de terres pleins et autres. Qu’est-ce qui se passe réellement ? Il y a beaucoup de vols et vous avez vu qu’il y a à peine 4 ou 5 mois encore, il y a une voiture Lexus qui a été retrouvé en ville et le Commissaire Sossou a pu mettre la main là-dessus. Et qui sont ceux qui ont fait cette opération avec photo à l’appui ? Ce sont les agents de la Sobemap. Et quand ça se passe de cette façon là, la Sobemap devrait être responsable de cela.
Et c’est ce que dit la législation maritime ?
Le problème est que s’il devrait attendre, la Sobemap dira qu’on va faire les vérifications et généralement pour ce qui se fait au niveau des navires, il faut attendre des mois, voire des années avant que les gens n’aient un état différentiel. Pendant ce temps, le client qui a mis son véhicule dans le navire va-t-il toujours continuer comme cela où il changera tout simplement d’armement et ira simplement ailleurs. Et là, je vous dis qu’il faut tenir compte du fait que nous sommes en concurrence avec d’autres ports de la sous-région. Compte tenu de tous ces vols, les autres au niveau de Grimaldi et autres, ils ont dits : " Si vous pouvez nous permettre de traiter nos navires, c’est-à-dire les véhicules d’occasion qui arrivent par nos navires, à partir de là, nous pouvons vous garantir que nous resterons au Port de Cotonou. Parce que lorsqu’il y a des dégâts, c’est nous qui perdons ". Nous avons alors fait des études et nous disons que première chose, il faut que ces marchandises arrivent au port de Cotonou car la distance entre les autres ports concurrents est très faible. Il ne faut pas permettre à ces armements d’aller ailleurs. Et nous avons dit étant donné qu’il y a un monopole, il faut d’abord ouvrir ce monopole là. C’est ce qui a fait l’objet du premier décret que nous avions pris en Conseil des ministres pour dire qu’il est possible que des armements de structures remplissant certaines conditions puissent manipuler des véhicules d’occasion au niveau du port de Cotonou. Et nous avons défini les critères. Ces structures doivent être des armements disposant de navires porte-véhicules, ou signer une convention avec des manutentionnaires qui traitent déjà les véhicules d’occasion ou qu’ils soient eux-mêmes des manutentionnaires traitant de véhicules d’occasion. Cela veut dire que nous avons besoin de leur expérience et de leur expertise pour qu’ils puissent faire cette opération. Et nous avons ajouté encore une chose, c’est qu’il faudrait que ces structures construisent ici au port de Cotonou un terminal à véhicule moderne informatisé. Il n’y en a pas encore dans la sous-région. Donc si cet investissement est fait avec tout ce que nous demandons, nous sommes alors sûrs de maintenir ces structures au niveau du Bénin pendant la durée de ce contrat. Voilà un peu ce que nous avons fait. A partir de là, nous avons reçu le dossier de Grimaldi que nous avons étudié et rendu compte en conseil des ministres. Grimaldi remplissant les conditions, il a été demandé qu’on lui donne l’agrément. L’agrément a été donné mais il y a un certain nombre de conditions aussi. Etant donné que ce monopole était jusque là le monopole de l’Etat, concédé à la Sobemap, nous avons demandé à ce qu’il y ait une redevance que Grimaldi payerai par véhicule au trésor public. Deuxièmement Grimaldi va se charger de recruter 200 agents permanents de l’Etat béninois. Il va travailler avec le bureau d’embauche unique, c’est-à-dire tous les dockers qui se retrouvent au niveau du bureau d’embauche unique. Ce qui veut dire que Grimaldi n’ira pas importer des agents d’ailleurs et il va former entre autres encore non seulement ses agents là, mais aussi les agents de la Sobemap qui continuera de traiter les navires porte-véhicules parce que Grimaldi ne traiterait que ces propres navires. Ils vont former des gens de la Sobemap afin que nous puissions avoir des gens suffisamment formés et expérimenté parce qu’au-delà de cet agrément, il faudrait que nous puissions profiter de cela pour avoir des gens très bien formés afin que le travail puisse être poursuivit correctement. Mais il y a autre choses, c’est que Grimaldi non seulement, amène des véhicules d’occasion mais il amène aussi des conteneurs et à ce niveau Grimaldi dit qu’il donne l’exclusivité à la Sobemap de traiter ces conteneurs parce que là au niveau du traitement des conteneurs, c’est libéraliser. Ça peut être Smtc qui le fasse comme ça peut être la Sobemap, mais Grimaldi a dit qu’il remettrait l’exclusivité à la Sobemap et ensuite il va faire venir davantage de navires au port autonome de Cotonou. Ensuite, nous leur avons demandé de faire la publicité pour le Bénin. Pour preuve, ils viennent juste de faire construire un navire qui porte le nom de GrandB-Bénin et ce navire va traverser tous les pays pour faire savoir que le Bénin existe. Voilà un certain nombre de choses que nous sommes en train d’obtenir.
Mais malgré tout cela pourquoi, y a t-il résistance surtout du côté de la Sobemap ?
Je suis désolée que la Sobemap pense qu’elle n’aura qu’une petite partie des activités. Cela m’écœure car je vois qu’on a axé les activités de la Sobemap sur la manutention des véhicules d’occasion. Supposé un instant que la filière véhicule d’occasion disparaisse. Qu’est-ce qu’on ferait. Il faut savoir s’adapter. Je suis désolée parce que moi je ne travaille pas seulement pour le moment, je travaille pour 10, 20 voire 50 ans. Qu’est-ce que nous allons léguer aux générations futures ? Et c’est pour cela que nous avons négocié dans le même temps avec les sociétés qui exportent le Coton, pour que l’exclusivité de l’exportation, de la manutention revienne à la Sobemap. Je crois que si la Sobemap pouvait participer à cela pour que nous puissions avoir de très bons résultats, je reste persuadé qu’elle serait plus performante. Il ne faudrait pas axer tous ces efforts sur les véhicules d’occasion qui à terme vont disparaître. Il faudrait pouvoir penser à autre chose, un trafic beaucoup plus riche.
Comment êtes-vous parvenus à accorder l’agrément à la société Grimaldi alors qu’il semblerait que cette société à travers une de ces filiales à Lomé Progosal est considérée comme non grata ?
Quand j’entends ces genres de choses, venant des gens qui ne sont pas du secteur, que Dieu leur pardonne parce qu’ils ne savent même pas de quoi ils parlent. Mais quand ce sont des gens du secteur qui le disent, cela pose des problèmes. Je me demande s’ils connaissent vraiment ce secteur. Connaître ce secteur, la moindre des choses c’est de savoir que Progosal est Progosal et Grimaldi reste Grimaldi. Progosal n’a absolument rien à voir avec Grimaldi et Grimaldi n’a rien à voir avec Progosal. Grimaldi est une société italienne, un grand armement et je vous dis que c’est l’un des grands armements du monde. Progosal c’est tout autre chose, c’est une structure franco-espagnol, qui n’a absolument rien à voire avec les armements. Aujourd’hui, aller demander, est-ce que Progosal a un navire. Non, ce n’est pas du tout cela. Il ne faut pas que les gens fassent des confusions. Ils peuvent aller au Togo pour faire des enquêtes. J’ai même appris que Grimaldi a été renvoyé du Togo. Alors que moi je crains cette concurrence et que les gens n’aillent pas s’installer au Port du Togo au détriment du Port de Cotonou. Je voudrais faire du Port de Cotonou, le premier des petits ports de la sous-région. Donc je dois faire en sorte que les grands armements viennent au niveau du Port de Cotonou avec la modernisation que nous sommes en train de faire. Il faut prendre des dispositions pour que ces grands armements arrivent et s’installent véritablement chez nous. Et c’est ça qui va renflouer l’économie nationale. Et je pense d’une manière générale, qu’il faut s’oublier un tout petit peu des fois pour penser de manière globale à tout le monde. La redistribution se ferra d’une manière ou d’une autre.
Est-ce que vous étiez véritablement obligé d’aller à une libéralisation tout azimuts plutôt que de choisir l’option de renforcer la Sobemap en lui donnant les moyens de prendre en charge tout ce qu’il y a comme manutention ?
Quand j’ai parlé par exemple du coton, c’est une manière de renforcer. C’est parce que l’exportateur du Coton, c’est encore des Béninois. Et ils ont accepté de faire cette opération. Ils étaient libres de passer par d’autres structures. Deuxièmement, ils sont bien installés non seulement ici mais aussi dans la sous région où ils ont pu convaincre les burkinabais afin que leur coton puisse transiter par le port de Cotonou. Il y a des infrastructures qu’ils mettront au point. Quand vous faisiez la comparaison et que vous aviez parlé de libéralisation tout azimuts, je dis non parce que c’est tout réfléchit, nous savons où nous allons et nous savons ce que cela va donner. Nous avons peut être ce petit malheur, et je ne sais pas s’il faut l’appeler ainsi, de voir beaucoup plus loin que beaucoup de gens. Moi je ne vous le cache pas. Aujourd’hui, je vais pouvoir vous le dire qu’il y a beaucoup de choses que nous prévoyons dans 5, 10 ans d’avance que les gens ne savent pas. L’informatisation des opérations portuaires, il y a de cela une vingtaine d’année, nous avons proposé cela, mais on nous avait combattu. Tous les autres ports venaient voir ce que nous faisions dans le temps, mais maintenant, ils sont tous en avance sur nous. Et c’est aujourd’hui que nous prenons la décision de faire l’informatisation portuaire avec un guichet unique. Ce n’est pas nous qui disposons des navires, c’est la propriété de la société Grimaldi, ils sont libres de rester au port de Cotonou comme d’aller ailleurs. Nous sommes en train de négocier présentement pour avoir deux navires et nous sommes en train de voir avec des privées qui voudraient investir dans ces navires là pour que nous puissions en avoir beaucoup. Si nous avions des navires pour traiter et emporter le coton, on serait déjà très loin parce qu’aujourd’hui nous sommes obligé d’aller négocier. De toutes les manières, nous sommes décidés, et nous avons accepté de faire ce job comme dirait l’autre. Et nous croyons beaucoup en cela. La vision du chef de l’Etat est très claire. Et lorsque moi j’ai été nommé, cinq jours après, j’ai déposé mon plan d’action avec un chronogramme précis d’activités.
Revenant sur l’une de vos reformes, la question du bureau d’embauche unique, c’est aussi mal accepté. Qu’en est-il exactement ?
Je voudrais vous dire que c’est un milieu où il y a beaucoup d’intérêts et des intérêts contradictoires. Vous ne pourriez rien faire qu’on puisse approuvé à l’unanimité. Ce n’est pas possible. Alors, vous foncez et c’est seulement après qu’on vous reconnaîtra la justesse de ce que vous faisiez. C’est vrai que nous allons passer tout notre temps à expliquer de long en large pour que les gens puissent comprendre. Le bureau d’embauche unique, c’est vrai quand on dit unique, c’est vraiment unique. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Aujourd’hui, il y a le service des dockers qui est rattaché à la Sobemap et pendant ce temps il y a quelques privées qui ont crée de petites sociétés qui gèrent des dockers. Et c’est à partir de là que les autres manutentionnaires viennent puiser. Ils en puisent également au niveau de la Sobemap et au niveau des autres sociétés or lorsque l’agrément a été donné à ces sociétés de manutention, que ce soit Smtc, Coman, il a été précisé qu’il y aura la mise au point d’un bureau d’embauche unique et que tous les manutentionnaires passeraient d’abord par le bureau d’embauche unique. Et ça, c’était même avant que je n’arrive à la tête du ministère. Parce que quand vous faites des calculs vous vous rendez compte que le service des dockers qui se trouve aujourd’hui au niveau de la Sobemap pose des problèmes. Il y a un problème de gestions, un problème de manèges. Je dis ces dockers, au début et à la fin constituent un pouvoir et nous devons leur rendre hommage.
Vous avez des dockers qui se retrouvent à 2300 fcfa, pendant ce temps, vous retrouvez d’autres qui au fait ne se présente pas du tout, qui sont pratiquement inconnu au bataillon et qui se retrouve à près de 200.000 Fcfa. Cela pause quelques problèmes de gestion. Vous avez des agents, des cadres qui travaillent dans ces sociétés et qui se retrouvent chez eux avec deux ou trois amis (planton, boy ….) et qui sont considérés comme des dockers. Il faut mettre fin à cela. Vous avez aussi des gens qui sont dans les bureaux et depuis 5, 6, 7 ans sont toujours traités comme des dockers. Quand je suis arrivé et que j’ai constaté cela, j’ai dit qu’il faut mettre fin à cela. Je dis ceux qui sont dans les bureaux, si vous avez besoin d’eux, rendez les permanents, et les vrais dockers qu’on puisse les connaître. Quand j’avais posé la question de savoir combien de dockers il y avait-il et à combien s’élève leur masse salariale. Vous ne pouvez pas vous imaginer. On est parti d’abord de 5 milliards, pour la masse salariale, et en moins d’une journée, on est passé à 4 milliards et puis une semaine après on est passé à 3,5 milliards. Je me demande la différence passe où ?. Des négociations avaient eu lieu avant que je n’arrive. Il y a eu un appel d’offres avec la participation des manutentionnaires et le cabinet. Il y a eu un adjudicataire et ils étaient en train de discuter du barème avant que moi je n’arrive, ils ne s’accordaient pas sur le barème parce que tantôt, l’adjudicataire voulait du 40% et les autres disaient non c’est du 3% et puis finalement, ils ont dit que c’est 18% . Moi je suis arrivé à ce niveau et le chef de l’Etat a fait une visite au port pour voir les dockers et il avait demandé qu’on mette en place rapidement le bureau d’embauche unique des dockers dans la mesure où l’adjudicataire est déjà connu. J’avais promis qu’en trente jours, je ferais cela parce que pour moi, il n’y avait pas grandes choses à part le problème de barème. Au niveau de la Sobemap, il y a eu tellement de résistances, j’ai constitué des comités, on s’arrange pour faire partir en mission ou en congé les membres de ces comités juste pour retarder les choses. Et j’ai tenu mordicus parce que je dis que les conditions de travail des dockers me tiennent beaucoup à cœur. Et le chef de l’Etat a dit qu’il faudrait faire en sorte que les dockers se sentent heureux. Il faut qu’il y ait une bonne répartition des richesses. J’ai plusieurs fois reçu les syndicats des dockers et nous avons traité avec eux. Nous nous sommes entendus sur un point et nous avons produit un projet de convention avec l’adjudicataire. Nous avons également mis sur pied un comité chargé du suivi parce que nous ne voulons pas que l’adjudicataire aussi les gruge après. Il y a un minimum à faire et ce minimum, je vous assure que nous le ferons.
18-05-2010, Reece H. ADANWENON


















