Le come back de Bruno Amoussou
La correspondance du chef de l’Etat sur l’irrecevabilité de la proposition de loi portant abrogation de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) a fait bondir le renard de son repaire. La démarche présidentielle a provoqué l’irritation de Bruno Amoussou et pour répondre à cette espèce bravade politique, il a puisé dans ses immenses potentialités. Certes, une deuxième lettre dans l’étonnante gymnastique épistolaire exécutée à la Marina est venue éteindre la flamme de la première missive. Mais entre les deux épisodes de demande et de renonciation, l’intermède Amoussou aura meublé conséquemment la politique et produit sa décharge sur le marché cauri et l’exception d’irrecevabilité exhibée sous l’effet de la pub dolosive de quelques godillots. La renardière se porte bien. La dernière sortie triomphante du maître des lieux en est une illustration. Le grand Amoussou semble de retour.
Le président de l’Union fait la Nation (UN) assume son statut avec élégance. Avec Bruno Amoussou, l’opposition a montré qu’elle est encore en vie et qu’elle a la capacité de proposer une alternative crédible au régime du changement. En confiant la présidence de l’Union à l’ancien ministre d’Etat, leader du Psd, l’UN a opté pour l’habileté manœuvrière et l’agressivité. Cette mission est épanouissante pour le redoutable politicien dont la notoriété invite et contraint au respect. Le pouvoir du changement n’avait peut-être pas prévu l’ampleur Amoussou. Mais le Dadjè national même forclos pour la présidentielle, garde ses réflexes et son sens aigu de la politique. Il s’impose comme l’arme principale de l’opposition. On connaît les petites phrases du renard qui mettent l’allégorie au service du combat politique. Cet homme a souvent paru aussi formidable que quand il s’adonne à la livraison de ces messages façonnés. La fameuse correspondance de demande d’irrecevabilité lui fournit une nouvelle inspiration, une des plus éloquentes et l’ancien président de l’Assemblée nationale déclenche la tempête de l’UN. Le dinosaure socio démocrate à la tête de l’Union suggère à " ceux qui allument le feu en permanence de penser peut-être que ceux qui prennent les seaux d’eau pour aller l’éteindre commencent par avoir mal aux bras ". Amoussou s’est offert le mode adéquat pour laisser à la nation " le temps de savoir qui veut la confrontation et qui veut la paix ". Le signal du renard est évident : l’opposition regroupée dans l’UN a déjà épuisé sa patience et se concentre sur l’objectif majeur à savoir l’alternance en 2011. Cette première intervention de Bruno Amoussou depuis la convention de l’UN a l’allure d’une messe politique inaugurale de l’opposition déterminée à chausser les bottes présidentielles l’an prochain. Elle est devenue spontanée et pointue et a opposé ses nouvelles qualités au rattrapage de Yayi auteur d’une deuxième correspondance qui noie la demande d’irrecevabilité à polémique. Le recours à la sagesse pour confondre les opposants par la lettre rectificative n’a pas détrempé le tour d’esprit d’Amoussou et la réaction rationnelle de l’UN.
Le chef de l’Etat a donné à l’UN l’opportunité de passer à l’échauffement et de bousculer la mouvance. Amoussou a plus que réussi son exercice. Le renard affectionne de toute manière ce genre de situation. On lui doit l’envolée métaphorique de l’utilisation des louches et des cuillères pour la corruption à grande échelle et celle des spectateurs joyeux. Le pouvoir du changement devrait apprendre à gérer le phénomène Amoussou et l’engagement d’une opposition revigorée par la solidarité héritée de la convention.
A un an de la présidentielle, la machine anti cauri fonctionne à merveille et Amoussou affiche une bonne santé. La belle forme du renard sera un élément décisif dans les performances de l’UN. Sa lucidité combinée à une sérénité légendaire rassemble les ingrédients pour la déroute de l’adversaire politique. Amoussou est inspiré. Boni Yayi est averti.
3-03-2010, Sulpice O. GBAGUIDI















