Travailler pour gagner sa vie et non pas pour la perdre
Le travail peut influer négativement sur notre état de santé. Ce phénomène en expansion, marqué par de nouveaux dangers, est le thème central de la Journée Mondiale 2010 de la Sécurité et de la Santé au Travail qui a été commémoré hier, mercredi 28 avril. Dans un monde en mutation où les risques émergent avec de nouvelles formes de prévention, cette journée offre l’occasion de réfléchir une fois encore sur la sécurité et la santé au travail dans notre pays.

- La sécurité et la santé au travail, un droit pour tous
Nouvel enjeu en matière de santé, le travail est au cœur des préoccupations. La Journée Mondiale de la Sécurité et de la Santé au Travail est l’occasion de dresser un bilan, tant sur les risques émergents que sur le besoin d’une démarche préventive. L’objectif est de faire reculer le nombre d’accidents et de maladies liés au travail, qui touchent des centaines de millions d’actifs dans le monde chaque année. Il y a même eu 2,31 millions d’accidents ou maladies mortels en 2003, selon l’Organisation internationale du travail (Oit). Au travail, nous y passons nos journées. Raison de plus pour s’y pencher. De profondes mutations ont eu lieu dans le monde du travail, s’accompagnant de risques en matière de santé, jusqu’ici inédits. Ainsi, l’Oit a publié récemment une étude où sont remises en cause les nouvelles technologies et les processus de production, comme les nanotechnologies, et les biotechnologies. Associés à une mondialisation galopante, ils ont modifié les conditions de travail partout dans le monde. Hélas pas toujours en notre faveur. Un phénomène suscitant même des préoccupations à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, les nanotechnologies touchent des domaines aussi diversifiés que les soins de santé, la production d’énergie propre, l’information, les industries chimiques, l’agriculture et le bâtiment. Or en 2020, 20 % environ des produits fabriqués seront issus des nanotechnologies… Rappelons tout de même qu’on sait peu de choses de l’impact de ces nouveaux matériaux sur la santé et l’environnement. Quant aux risques biologiques éventuels découlant des biotechnologies, ils peuvent affecter les travailleurs de bien des secteurs, de la santé, des services d’urgence, de l’agriculture et de la gestion des déchets. De ce fait, il est de plus en plus admis qu’il est indispensable de disposer en entreprise de systèmes de gestion de la santé et sécurité au travail pour prévenir d’éventuels problèmes.
Les facteurs psychosociaux et le stress
Les tendances de l’emploi se modifient aussi à grande vitesse, contribuant ainsi à de nouveaux risques, de nature psychologique cette fois, avec des réelles incidences sur la santé. Précarité de l’emploi et pressions accrues face aux exigences de la vie moderne créent en effet fréquemment d’importants déséquilibres dans la vie professionnelle. Selon le professeur Francis Tognon médecin psychiatre, les compressions d’effectifs, la sous-traitance et l’externalisation de la production, sont autant de facteurs aggravants qui provoquent des troubles psychologiques. A l’en croire, au contexte socio-économique difficile peuvent s’ajouter d’autres difficultés telles que des problèmes de relations en milieu professionnel, avec brimades et harcèlement sexuel et psychologique. Pour le spécialiste en psychiatrie, on sait aujourd’hui que ces facteurs jouent un rôle important en ce qui concerne la santé et l’absentéisme en milieu professionnel, même si les recherches se poursuivent pour cerner leurs réelles implications. A ce propos, l’Oit rappelle que le stress est à l’origine de 50 à 60 % de la totalité des journées de travail perdues. Le stress est considéré comme la deuxième cause la plus fréquemment relevée de troubles de la santé liés au travail dans notre pays.
La prévention : une priorité !
Si l’on tend à reconnaître de plus en plus l’existence des problèmes de santé liés au travail, la prévention reste un défi à relever au niveau mondial. Une étude réalisée en 2009 par l’Oit montre qu’un certain nombre de pays, notamment ceux en développement, cherchent à actualiser leur politique régionale et leur système de réglementation et d’application en matière de Sécurité et de la santé au travail. Toutefois, beaucoup restent à faire. Pour optimiser ces premiers efforts, un point sur les progrès accomplis, tout comme sur les lacunes constatées, est nécessaire. Prévenir plus que guérir demande d’identifier les besoins tout comme les stratégies face aux problèmes de la santé et du travail, dans le cadre d’études aux niveaux national et régional. Alors, on pourra peut-être observer une nette régression de la souffrance au travail, tant sur le plan de la santé physique que psychique. A ce sujet, la question se pose : Au-delà de la prévention par des programmes, ne faudrait-il pas remettre en cause notre conception même du travail ?
Le Docteur Moucharaff Idohou, médecin de sécurité et de la santé au travail, coordonnateur du projet de lutte contre le Sida en milieu de travail pour le Bureau International du travail (Bit) se prononce
« …le travailleur qui se trouve dans le coin le plus reculé du Bénin doit savoir qu’il est protégé par les textes… »
C’est la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Que représente cette journée pour vous ? N’est-ce pas une journée parmi tant d’autres qui ne retient ni l’attention des décideurs ni celle des travailleurs ?
Il est tout à fait heureux que cette journée soit institué pour faire prendre conscience aux uns et aux autres encore une fois qu’on va travailler pour gagner sa vie et non pas pour la perdre. Donc, cette journée n’est pas une journée de plus et elle n’est pas oubliée comme vous pouvez le croire. C’est vrai qu’il est souhaitable que les questions de sécurité au travail aient plus d’intérêt de la part de tous les acteurs du monde du travail au Bénin.
Est-ce qu’on peut dire qu’en matière de sécurité au travail, les personnes vivant avec les Vih-Sida sont à l’abri de toutes formes de discrimination ?
Oui. C’est un problème important. Il faut d’abord rappeler que lorsqu’on parle de Vih-Sida, c’est d’abord l’affaire des populations relativement dans la fleur de l’âge, c’est-à-dire entre 15 et 49 ans. Et naturellement, on voit que ça correspond à la population active. Et de ce fait, partout dans le monde, on constate que sur 10 personnes qui ont le Vih, 9 sont des travailleurs ou des gens qui sont en âge de travailler et qui le souhaitent. Le monde du travail est parfaitement concerné. Mais en même temps, c’est le monde du travail qui offre toutes les possibilités pour le continuum prise en charge et soutien. Donc le monde du travail est incontournable en matière de lutte contre le Vih-Sida.
Est-ce que les Pvvih sont aujourd’hui protégées dans leur milieu de travail ?
A ce propos, je suis fier de ce que mon pays a réalisé dans ce domaine. Nous avons aujourd’hui tout un arsenal règlementaire et même juridique qui protège le travailleur porteur de Vih-Sida au Bénin. Nous disposons de la loi sur le Vih-Sida qui a tout un chapitre consacré au milieu du travail. Ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays. Nous avons la déclaration nationale tripartite qui est un engagement fort que les employeurs, les travailleurs et l’Etat béninois ont pris pour protéger les personnes vivant avec le Vih-Sida. Mais, une chose est d’avoir un cadre juridique règlementaire, et une autre chose est de l’appliquer. Pour l’application, c’est l’affaire de tous, y compris même des Pvvih. Qu’est-ce que chaque catégorie d’acteurs fait pour que cette loi et cette déclaration soient connue de tous. Les inspecteurs de travail, les techniciens de prévention de la sécurité sociale nationale, toutes ces personnes ont été formées à l’application, mais que font-elles aujourd’hui concrètement sur le terrain pour vulgariser ces textes en vue de faire prendre conscience aux populations ? Qui ne connaît pas ses droits ne peut pas les réclamer.
Concrètement, quelle remarque faites-vous sur le terrain ?
Ce qu’on remarque, c’est qu’un certain nombre d’entreprises publiques et privées s’engagent. Il y a même une coalition d’entreprises privées du Bénin aujourd’hui pour la lutte contre le Sida en milieu de travail. Maintenant, on aurait souhaité que tout ceci soit intensifié pour que le travailleur qui se trouve dans le coin le plus reculé du Bénin sache qu’il est protégé par les textes et lois en vigueur. Il n’a donc pas à craindre la discrimination et la stigmatisation sur son lieu de travail parce qu’il sera certain que même s’il arrivait qu’il soit séropositif, il serait protégé dans son travail. Cela va donner un coup d’accélérateur au dépistage.
Votre message à l’endroit des populations et des décideurs ?
Les décideurs ont déjà tout fait. Les députés ont voté les lois, le chef de l’Etat les a promulguées. Maintenant, il incombe aux travailleurs et toute la population en général de vulgariser ces textes de lois, pour qu’ils soient connus de tous pour en tirer un maximum de profit. Je dirais qu’il y a beaucoup d’espoir puisque nous avons fait le plus difficile. Nous avons établi tout ce cadre que les autres pays nous envient. Ce qui reste, c’est qu’on passe à la vulgarisation de ces textes et qu’on fasse en sorte que tout le monde connaisse le contenu de ces documents.
29-04-2010, Reece H. ADANWENON


















