Le compte à rebours, encore lancé pour vaincre la maladie au Bénin
Le 25 avril prochain, le Bénin à l’instar de la communauté internationale va commémorer la troisième édition de la journée mondiale de lutte contre le paludisme. Pour une deuxième fois consécutive, le thème retenu sera " Vaincre le paludisme : le compte à rebours est lancé ".

- Pour prévenir le paludisme, il est important de dormir sous moustiquaire imprégnée ...
1ère cause d’hospitalisation, de morbidité et de mortalité maternelle et infantile, le paludisme est aujourd’hui au Bénin un véritable problème de santé publique. Dans le but de vaincre cette maladie, le Bénin, à l’instar des autres pays d’Afrique où sévit le paludisme, a adopté la politique d’éradication préconisée par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). 3 ans après la mise en œuvre de cette politique, force est de constater que malgré les différentes interventions dans la lutte, le paludisme n’est ni éradiqué ni contrôlé. En effet, selon l’annuaire des statistiques sanitaires 2008, le paludisme se positionne comme la première cause d’hospitalisation avec 20,1% des cas enregistrés. Les anémies arrivent en deuxième position avec 7,9% des cas. De plus, les enfants de moins de cinq ans reçus en hospitalisation dans les formations sanitaires en 2008 représentent 36% des cas d’hospitalisation au cours de l’année. Chez ces enfants, le paludisme est également la première cause d’hospitalisation avec 34,6% des cas enregistrés dans cette catégorie de patients. L’anémie occupe la deuxième place (16,6%), suivie des Infections Respiratoires Aiguës (6,5%). Face à ce tableau peu reluisant, il est important d’accélérer la mise en œuvre de la politique nationale de lutte contre cette maladie qui décime les populations. C’est ce qui justifie, le choix du thème : " Vaincre le paludisme : le compte à rebours est lancé ". À moins de 5 ans de l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), force est de constater que la lutte contre le paludisme nécessite d’être renforcée non seulement face au taux d’échec thérapeutique croissant aux antipaludiques usuels, mais aussi à la stratégie de prévention. Malgré les nombreuses stratégies de lutte préconisées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) pour faire reculer le paludisme, le phénomène est encore présent. Au nombre de ces stratégies, nous pouvons citer : l’utilisation de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, le traitement préventif intermittent chez les femmes enceintes et la prise en charge systématique du paludisme avec les combinaisons thérapeutiques à base de dérivés de l’Artémisinine. Ces stratégies, en dépit de tous les efforts, montrent aujourd’hui leurs insuffisances. Tout porte donc à croire que de nombreux défis restent à être relevés. Défis qui ont pour noms : la disponibilité permanente et la bonne gestion des Combinaisons thérapeutiques à base d’Artémisinine (Cta) dans les centres de santé et dans les communautés, la disponibilité des données épidémiologiques sur le contrôle du paludisme au Bénin et une bonne coordination des actions des différents partenaires financiers et techniques intervenant dans la lutte contre le paludisme sur toute l’étendue du territoire national.

Le docteur Yacoubou Imorou Karimou, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme se prononce
" … au cours du 4ème trimestre de l’année 2010…plus de 4 millions de moustiquaires seront distribuées gratuitement… " Fraternité : Le Bénin va célébrer la 3ème édition de la journée mondiale de lutte contre le paludisme. A 5 ans de l’atteinte des Omd, où en êtes-vous dans la lutte contre la maladie au Bénin ?
Dr Yacoubou Imorou Karimou : Il y a de l’optimisme dans la lutte. Aujourd’hui, toute la communauté mondiale reste mobilisée pour vaincre cette maladie qui tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique. Pour le moment, nous nous donnons les moyens pour vaincre cette maladie qui demeure une priorité de santé publique.
Quels sont les moyens dont vous disposez ?
Comme je le disais tantôt, il y a une forte mobilisation pour lutter contre la maladie dans le monde entier en vue de favoriser aux populations l’accès aux interventions prouvées efficaces.
Quelles sont les interventions prouvées efficaces ?
On peut classer ces interventions en deux grands groupes à savoir la prévention et la prise en charge des cas de paludisme. Dans la prévention , nous mettons l’assainissement du cadre de vie des populations en vue d’éviter la prolifération des gîtes larvaires qui plus tard deviendront des moustiques qui vont transmettre la maladie. Il y a aussi l’utilisation des Moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (Mild) par les populations. A ce propos, nous envisageons de lancer bientôt une nouvelle campagne de distribution de Mild. Nous y reviendrons plus tard. Aussi, la pulvérisation intra domiciliaire qui est menée aujourd’hui dans les départements de l’Ouémé/Plateau est fortement recommandée de même que l’utilisation des larvicides. Mais malgré toutes ces actions préventives, il arrive que des gens tombent malades et donc, il faudra la prise en charge. A cet effet, des kits de paludisme grave sont mis à la disposition des agents de santé pour la prise en charge systématique des cas palustres. Ceci permet de donner les premiers soins aux enfants quand bien même les parents n’ont pas d’argent. Ainsi, nous évitons la mort aux enfants issus de familles indigentes. Aussi, le Cta qui est aujourd’hui le médicament prouvé efficace pour lutter contre la maladie est disponible aussi bien dans les formations sanitaires qu’au niveau des relais communautaires.
Pouvez-vous dire aujourd’hui que la maladie est en train d’être maîtrisé ?
Non, puisque les statistiques pour le vérifier n’existent pas encore. Aucune étude n’a été encore menée dans ce sens. Autre chose, il faudra tenir compte du fait que tout mal de tête ou tout état de fièvre n’est pas forcément lié au paludisme. Une chose que les populations ne comprennent pas toujours. Le paludisme n’est pas responsable de tout. Il faut aller voir les agents de santé pour la confirmation. Toutefois, de façon empirique, on peut dire que le paludisme régresse dans notre pays et que de nombreux efforts sont fournis afin de l’éradiquer d’ici 2030.
Cela fait plus de trois ans que la dernière campagne de distribution de Mild a été menée. Vous disiez tantôt qu’une campagne sera bientôt lancée. Combien de moustiquaires seront-elles distribuées ?
En effet, au cours du 4ème trimestre de l’année 2010, nous envisageons de mener une autre campagne nationale de distribution de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action en vue de permettre un accès universel des ménages aux produits et soins de santé. Cette fois-ci, chaque ménage pourra disposer de deux moustiquaires imprégnées. Ainsi, plus de 4 millions de moustiquaires seront distribuées. Les préparatifs sont en cours pour la mobilisation des ressources financières en vue de l’acquisition des Mild.
Ne pensez-vous pas que le fait que les Cta se retrouvent dans les marchés constitue un danger quant à l’efficacité du produit ?
Au fait, nous ne plaidons pas pour la vente des Cta au marché. Mais je dis seulement que dans notre politique, nous avons mis à la disposition des relais communautaires dans les villages et quartiers des stocks de médicaments afin de faciliter la prise en charge systématique des cas de paludisme simple. Mais malheureusement, nous constatons que ces produits sont déversés sur le marché. Aujourd’hui, ces médicaments sont utilisés anarchiquement et nous avons des craintes que ces produits deviennent inefficaces.
Quel est votre message à l’endroit des populations à la veille de la journée mondiale de lutte contre le paludisme ?
J’appelle tous les citoyens béninois à la prise de conscience. Le paludisme est une maladie grave, évitable et surtout une maladie de la pauvreté. Si on aspire vraiment à se développer, il faut se mobiliser pour lutter contre le paludisme. Ceci, en évitant d’élever des moustiques chez nous, en faisant de sorte qu’il n’y ait pas d’endroit où les moustiques puissent se développer. Pour y arriver, il faudra maintenir notre environnement de vie sain et salubre. Aussi, il faudra utiliser les Mild qui seront bientôt distribuées gratuitement aux populations. Mais une chose est d’avoir une moustiquaire, une autre chose est de dormir et de faire dormir les enfants sous les moustiquaires. Par ailleurs, il faut éviter l’automédication qui nous amène à prendre des médicaments lorsqu’on se sent mal. Il vaut mieux se rendre au centre de santé le plus proche de vous afin de diagnostiquer le mal dont vous souffrez.
23-04-2010, Reece H. ADANWENON


















